écriture compost 

Ecriture compost 
texte libre origine en 2017 repris en 2019 M.jo.H

Depuis l'année 2017  j'expérimente une certaine façon d'écrire..

Le plus souvent, on écrit dans un mode cumulatif, on conçoit des livres, des recueils, des ouvrages qui s'ajoutent à d'autres.  L'écrit est alors le résultat d'un aboutissement, fixation de l'état d'une pensée, l'idée mise en mots, une réalisation, une "émission de soi", que l'on souhaite conserver, fixer et transmettre. C'est un "objet cristallisé", une oeuvre.

Mais ces oeuvres sont toujours celles d'un moment précis, d'une époque, d'une pensée. 
Le mode d'édition sur un support 
"papier", la plus traditionnelle est celle que l'on voit "sortir en librairie", l'édition numérique se présente sous la forme de blogs ou de sites internets.

écriture et cheminement - écriture compost

Il est plus rare de voir une "écriture chemin", une écriture en chemin, une écriture en "mouvement" qui s'écrit en direct et se reprend, se surprend, se supprime parfois , se recycle, se compose, se décompose, se recompose, une écriture qui se garde de la publication fixe ou de l'accumulation. Autant dire que ce processus mouvant fait de cette écriture une expérience et un modèle totalement à part. Cette écriture que je pratique est celle là même : une écriture chemin ou comme j'aime la nommer : "une écriture compost"

Compost : comme le résultat de mes exercices d'écriture et leurs multiples travaux de reprise qui pourraient se nommer recyclages.

recyclages et reprises
Ce que je découvre  lorsque j'écris et reviens sur mes textes libres, c'est une plus juste connaissance de ma propre "composition" au sens de la connaissance de soi. Il n'y a rien ici de l'idée d'une "correction", d'une reprise comme l'idée d'un "repentir", teinté d'une possibilité de venir corriger des fautes. Il n'y a pas l'idée de corriger des erreurs pour atteindre un certain "modèle" plus juste, plus vrai ou plus parfait.

Ecrire par envie / respecter son temps

J'écris sans sujets préétablis et sans méthodologie, suivant les idées qui me préoccupent, et je compose et recompose sans cesse mes écrits.
J'ai le respect de 
mes moments d'écriture dans toutes leurs dimensions, leurs instants de déclenchement et leur durée d'écriture. Je ne fixe jamais l'heure de mon écriture, j'écris quand l'envie d'écrire me vient, c'est d'ailleurs plus souvent à 23h45 qu'à 8h du matin !

Tout comme le compost ne se fait pas dans l'immédiateté, l'écriture doit être respectée dans ses temps de composition qui sont en même temps ceux d'une certaine "décomposition- recomposition" à partir de l'intégration d'éléments nouveaux. 

COMPOST /composition / décomposition / l'écriture compost

On peut comparer notre propre "composition" comme un terreau en mouvement. En ajoutant des nouveaux éléments on voit qu'il est nécessaire qu'un processus se produise pour que les nouveaux éléments se transforment et soient de même nature que le reste. Il est nécessaire de passer par une "décomposition" qui demande un temps indéterminé à l'avance. Ce processus est de l'ordre de l'incorporation par décomposition et recomposition. Le tout est ensuite de nouveau de nature homogène.
Ce processus de décomposition-recomposition se produit à travers le travail d'écriture libre, par le texte lui même et ses reprises qui constituent des prises de conscience. Les reprises agissent comme une sorte de brassage qui incorporent les nouveaux éléments à l'ensemble de notre compréhension. Ce processus n'est autre qu'une prise de conscience de ce qui nous constitue.

Curieux sentiment d'une recomposition qui se prête à la composition à travers l'écriture libre :

Mécanisme / écriture libre et spontanée ======>>

Le mot qui va venir maintenant est un inconnu mais il me vient, il vient librement et spontanément et j'en prends connaissance, je peux le garder et le regarder ensuite, c'est la définition de l'écriture libre. Ce mot me surprend, mais il me prend et un autre s'y accroche, c'est la définition du cheminement" . C'est une aventure au sens même de l'inconnu qui me fait avancer mais cet inconnu c'est moi : c'est mon écriture intime. Ce qui me surprend : cette écriture libre et spontanée je la connais intuitivement et la reconnais a posteriori puisque ce n'est autre que ma matière même : Ma composition. Il y a "prise" et "surprise", "surprise" et "reprise". Cette boucle est réjouissante, elle mène à l'envie d'écrire et au recul sur soi, voire à l'humour sur soi.

Vie du texte / destruction? - décomposition/émancipation?

Si l'on se positionne à la place de l'écrivain classique si j'ose dire, cette méthode pourrait sembler curieuse, plutôt signe de négativité, si le texte se détruit, si l'on se permet de le "jeter" d'une certaine façon, si l'on ne s'y attache pas, n'est ce pas le signe d'une instabilité, jeter dans ce cas est ce détruire?

(remarque : Concernant l'écriture, on ne jette jamais totalement quelque chose au sens de l'effacement total , puisque le souvenir reste et tout ce que l'on fait est expérience et vaut comme une certaine prise en compte de soi, une connaissance.)

Je peux répondre en connaissance de cause ! puisque je pratique l'écriture jetable si l'on peut dire : je dis que la "vie" même du texte dans cette écriture est particulière : disons justement que c'est parce que d'une certaine façon il se "jette" qu'il vit. Curieusement on pourrait croire le contraire.. On dit parfois que les artistes "détruisent" certaines de leurs créations mais je pense que cette démarche n'est pas de l'ordre de la destruction pure et simple. On ne peut juger d'un geste que de l'extérieur, à l'aide de notre propre façon de voir : on voit l'artiste comme un "producteur d'oeuvres". MAIS si l'on considère l'oeuvre comme une totalité "à vivre", un cheminement (fait de multiples étapes et oeuvres), alors la destruction pourra être considérée non pas comme un échec ou la mise en évidence d'une instabilité mais l'idée que pour progresser il faut dépasser la concrétisation matérielle, l'objet fixe, qu'il faut aller au delà et libérer son esprit pour d'autres tentatives, pour vivre une expérience. Dans ce cas, ce que l'on pense être une destruction, n'est que la suppression du risque de fixation, l'artiste suit un cheminement, il s'émancipe par le mouvement jusqu'à atteindre son sujet.

Au fond on se crée nos obligations nous même, par notre propre mode de vie, par nos choix. Si Socrate avait écrit, il aurait passé son temps à son "petit bureau", à répondre à ses détracteurs par livres interposés. Il n'aurait pas été Socrate : "cheminement vivant et oral du questionnement philosophique" !

Toute accumulation créé dans l'esprit comme une obligation d'une prise en charge de cette accumulation. Si l'on crée des objets à l'instant T, des écrits par exemple, on accumule ces objets, ces écrits : il faut s'en "occuper", les ranger, en faire des catégories, ils nous occupent, il faut s'en justifier : nous sommes auteurs. C'est tout un ensemble de considérations dont on devient propriétaire, qui nous focalisent, qui absorbent notre énergie, qui nous fixent.
 A T+1 , on peut remettre l'objet créé à T en doute. Mais l'objet créé à l'instant T est objet fixe. C'est tout un processus de le remettre en doute (les théoriciens passent leur temps à cela). Ils créent à T+1 un "contre objet fixe" pour réfuter celui créé à l'instant T. Un peu plus tard à T+2, un autre fera un mixte entre les deux pour composer un autre objet fixe qui sera repris à demi par un autre à T+3... histoire sans fin..histoire de l'histoire peut être même !

Pour être dans un cheminement, il faut être souple, adopter un certain "nomadisme de l'esprit", ce qui force à trouver une méthode, et donc une certaine écriture, qui évite l'accumulation "d'objets" comme des "textes fixes".

Mon écriture est compost : tout peut être repris. L'écriture n'est pas objet elle est moyen, mais je choisis son "étoffe" dès le départ, l'écriture est vivante, non matière à ouvrage fixe.

Tout système se vit par rapport à ce que l'on décide de la composition de sa matière première si l'on peut dire : si l'on cherche à faire des oeuvres fixes dès le départ, tout retour sur cette oeuvre sera perçu comme une modification, un revirement, voire comme constat de ses possibles erreurs. (système d'écriture comme théorisation, doctrine, école philosophique, désir d'exister.).

Si la matière première est d'emblée vivante, elle s'offre l'errance comme expérience, l'erreur comme terrain de jeu, en constante reprise, mon écriture est mon expérience :

Une écriture vivante mélangée à ma mémoire, perdue à son présent pour le bien de son futur, prise à son propre jeu, prise à "sa perte", prise au jeu de ses essais, pour se comprendre soi et comprendre le monde, prise dans la boucle d'un irrésistible désir de "reprise" comme le retour d'une saison.

M.jo.H

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